Le Synaxaire.
Vie des Saints de l’Eglise orthodoxe.

hiéromoine Macaire.
Monastère de Simonos Pétra
au Mont Athos

Le Synaxaire est publié avec la bénédiction du patriarche oecuménique.

IEPA MONH ΣIMΩNOΣ ΠETPAΣ AГΙΟΝ OPOΣ

Projet d’extension
du Monastère

La présente édition du Synaxaire n’est pas le fruit de quelque plan ni le résultat de quelque calcul ; elle s’est imposée naturellement, tel un rejeton inattendu, un enfantement dans le désert.

Notre Saint Monastère de Simonos Pétra, perché au sommet d’un haut rocher escarpé, avec ses cellules semblables à des grottes, au milieu d’une nature sauvage, est un lieu propice à l’ascèse monastique et aux luttes hésychastes, une vivante invitation adressée aux hommes pour qu’ils tournent leurs regards vers le ciel.

Mais c’est la Sainte Montagne toute entière, lieu de Dieu et porte du ciel, qui est un buisson ardent de désirs sacrés, de perceptions et d’expériences surnaturelles. Elle est la mère d’enfants innombrables, les saints qui se réjouissent dans les cieux. Elle est aussi, par excellence, un lieu de témoignage panorthodoxe, où toute race et toute langue trouve une place toute préparée, et où tout ce qui respire chante et exalte le Seigneur, le seul et unique Dieu, par la puissance vivifiante du Saint Esprit. Venus de la terre entière, des moines, justes et humbles de cœur, mais aussi des pécheurs, entrés par la porte du repentir, s’y rassemblent pour y former l’héritage à la fois terrestre et céleste de la Mère de Dieu. Ils sont devenus participants de la gloire éternelle et contemplent la vie d’en haut, celle de l’unique Royaume et Seigneurie.

Depuis des siècles, des pèlerins de toutes nations y parviennent chaque jour, le cœur ardent, en quête des eaux vives de la tradition, de la source authentique, d’un témoignage unique, celui de la sainte Église Catholique et Apostolique, établie jusqu’aux extrémités de la terre. Venus en ces lieux pour quelques jours, en laissant derrière eux soucis et distractions, ils ont le sentiment de danser continuellement non seulement avec les moines, enfants de la Mère de Dieu, mais aussi avec tous les saints qui se trouvent aux cieux.

Esprits et âmes des justes, fringants jeunes gens et vieillards prêts au dernier départ, tous attendent ardemment en ce lieu la venue du Seigneur. Anges visibles et invisibles, venus de tous les peuples et descendus du ciel, forment-ils un seul chœur, une seule assemblée, une seule puissance, un seul témoignage et une affirmation du Corps divino-humain du Christ. Y voyant à l’œuvre l’Esprit, le levain qui fait lever la pâte en un mélange sans confusion, on y goûte aux prémices du Royaume éternel.

Dans cette atmosphère, on peut entendre distinctement la voix de l’Apôtre clamer : Notre cité, à nous, se trouve dans les cieux, d’où nous attendons ardemment comme Sauveur, le Seigneur Jésus-Christ (Phil 3, 20). Nous attendons que le Christ en revienne, porté sur les nuées. Or, c’est là-haut, dans les cieux, que demeurent nos proches, nos concitoyens, les saints qui, en nous attendant, ne restent pas inactifs, ni silencieux. Bien au contraire, ils agissent, ils assistent et soutiennent l’Église terrestre, ne cessant de venir en aide aux hommes par des moyens invisibles, les visitant, les consolant, leur apparaissant en songes et dans des visions, accomplissant des miracles. Ils sont les compagnons quotidiens des fidèles, lesquels, raffermis et fortifiés par eux dans la joie, progressent en expériences vécues et en grâces. Ils deviennent alors capables de contempler en esprit des lieux accessibles et inaccessibles, qu’ils parcourent en tous sens dans une dimension surnaturelle. Comme le dit saint Athanase le Grand : Bien qu’elle réside en ce monde, l’âme humaine « se représente et contemple ce qui est au-delà de cette terre ; souvent même elle rencontre ceux qui sont au-dessus des corps terrestres, les saints et les anges, et s’en va vers eux, en se confiant à la pureté de l’esprit »1.

Or tout cela n’est que préliminaire et préparatifs à notre cohabitation définitive avec eux et à notre séjour avec Dieu, puisque la Tête et les membres ne forment qu’un seul Corps du Christ. Aussi, dans l’Église, l’ignorance et l’oubli des saints sont-ils chose étrange et anormale, et ce qui est en revanche une nécessité naturelle, c’est la connaissance, la communion et la familiarité avec les saints. C’est cette conscience ecclésiale que possèdent ou qu’acquièrent les pèlerins de la Sainte Montagne, et nombreux sont ceux qui y arrivent déjà préparés à une telle expérience.

Or, bien souvent, ces pèlerins et amis de la Sainte Montagne, nous ont exprimés leur désir profond de la publication d’un Synaxaire orthodoxe dans leur propre langue. Il est de fait que, tout au long des siècles, la lecture des Vies des saints a été, avec la liturgie et la vénération des saintes icônes, le pain quotidien des orthodoxes, et la source principale de l’enseignement et de l’éducation dans l’Église. C’est ainsi que nous avons chargé le Père Macaire, moine de notre monastère, de la rédaction d’un Synaxaire général de l’Église Orthodoxe en français, à l’intention de la Diaspora orthodoxe et des amis de la Sainte Montagne, qui nous le réclamaient, Synaxaire destiné également à répondre aux besoins de la mission orthodoxe en Afrique.

Cette demande était bien naturelle, car les Vies des saints ne sont pas un examen historique des origines de l’Église ; mais elles contribuent à nous faire participer à la vie et à la conduite de chaque ami de Dieu, rendu présent à nos côtés, tel que la grâce divine l’a transfiguré. Le Synaxaire est un voyage au pays des saints, une connaissance mystique, l’acquisition d’une expérience de vie dans la nouveauté, un accès à la sainteté. Enfin, il est pour nous une mystagogie et un passage vers le Seigneur, le Saint parmi les saints, vers lequel tendent notre amour, notre hommage et notre vénération. C’est ainsi que notre vie se trouve transfigurée en une autre manière de vivre. En lisant le Synaxaire, nous pénétrons en esprit dans le Royaume de Dieu, car, en devenant chair, Dieu a pris les justes avec Lui et leur a ouvert le Paradis. Comme le dit le prophète Daniel : Les saints ont occupé le Royaume (Dn 7, 18 lxx).

« Apôtres, martyrs et prophètes, prélats, saints ascètes et justes, accompagnés des saintes femmes », tous deviennent notre vision mystique. Toutes les cités et tous les pays les honorent, ils sont la parure des Églises, et c’est en eux « que se réjouit toute la création », comme le chantent nos hymnes liturgiques.

Par la bénédiction de sa Sainteté le Patriarche Œcuménique, par les intercessions des saints Pères théophores qui ont vécu sur cette Sainte Montagne, ainsi que par celles de tous les saints Pères qui ont brillé partout dans l’ascèse et que nous célébrons en ce jour, Samedi des Laitages (Tyrophagie), nous souhaitons que ce Synaxaire exhale pour les âmes de ceux qui le liront un parfum de Paradis et qu’il leur fasse élever vers Dieu prières et actions de grâces.

Archimandrite Aimilianos de Simonos Pétra

1 S. Athanase d’Alexandrie, Contre les païens 33, SC 18, 174.

PREFACE DE LA PREMIÈRE ÉDITION