La vie des saints, disait le thélogien contemporain Justin Popovic, est l'encyclopédie des encyclopédies. Le christianisme, en effet, ne s'apprend pas dans les manuels de dogmatique, mais dans la vie de ceux qui se sont purifiés pour Dieu avant de parler de Dieu. Le moine Avvakoum est ce ceux-là, lui que les professeurs d'Athènes et de Thessalonique venaient consulter dans sa solitude athonite pour s'abreuver de ses enseigments fondés sur l'expérience. Né à Symi, petite île du Dodécanèse, en 1894, Avvakoum arriva sur l'Athos en 1920, et y vécut l'ascèse et la lutte spirituelle, dans la non-possession et le détachement absolu, jusqu'à sa mort en 1978. «L'homme, disait-il, est né pour la joie, non pas pour l'affliction. Pourquoi prend-il sa joie des idoles? Croyez-m'en, ils paient cher pour acheter leur joie. Mais la joie de Dieu ne coûte rien. Pour moi, je n'ai rien d'autre que mon Christ avec sa joie !»
Il était difficile d'écrire la vie d'Avvakoum, tant les êtres sanctifiés échappent aux normes pesantes de notre terre. Son biographe, le père Thédoret, hiéromoine athonite, a trouvé le ton juste pour parler de ce pauvre parmi les pauvres, de cet «oiseau léger», auquel on pourrait appliquer justement ces mots de saint Issac le Syrien : «Celui dont le coeur met en Dieu son espérance, son âme est un oiseau léger».